Il y a quelques semaines je suis tombée, un peu par hasard, sur le site de Stagiaires Sans Frontières invitant les stagiaires à réinventer le stage. Séduite par le concept et les convictions en oeuvre, très en phase avec les attentes des jeunes diplômés, j’ai voulu en savoir plus sur le projet et son initiateur. Partons donc sans plus attendre à la rencontre de Félix de Monts, entrepreneur social et fondateur de SSF (comprendre : Stagiaires Sans Frontières)…

 

Bonjour Félix, tu es apparemment un passionné d’entreprenariat social. Que peux-tu nous dire d’autre sur toi ?

Félix, icis, chanceux, heureux en latin. Je pense que ça en dit déjà long 😉
Parisien, j’ai eu la chance de parcourir le monde depuis mon plus jeune âge. J’ai mené des études dans des établissements prestigieux, pour finir diplômé d’un master en évaluation des politiques publiques, sans trouver véritablement mon épanouissement ni sur les bancs de l’école, ni par les stages que j’ai pu réaliser. Mes passions : la chose publique, la politique, l’innovation sociale, le théâtre et le sport (le dépassement de soi, qu’il soit collectif ou individuel).
Depuis plus d’un an, je grandis par et fais grandir l’aventure Stagiaires Sans Frontières qui m’a fait découvrir un nouveau champ des possibles via l’entrepreneuriat.

felix de monts

 

Comment as-tu eu l’idée de Stagiaires Sans Frontières ?

L’idée de Stagiaires Sans Frontières est né d’un besoin d’une association, Educ’Actions pour l’Afrique, qui accompagne vers l’autonomie 30 jeunes défavorisés de Yaoundé. Bénévole dans cette structure en 2012, j’ai eu l’idée fondatrice de favoriser sur le terrain le rapprochement entre quelques entreprises dynamiques et l’association par l’intermédiaire d’étudiants combinant un stage et un engagement associatif auprès de l’association. Cette idée répondait à deux besoins de l’association, celle d’avoir des bénévoles actifs et celle plus essentielle de se pérenniser localement.

J’ai convaincu un entrepreneur camerounais, Idris Nguepnang, et un journaliste d’accepter d’accueillir des stagiaires qui consacreraient une partie de leur temps de travail à aider l’association.

C’est avec cet objectif que neuf étudiants de Sciences Po Paris se sont rendus au cours de l’été 2013 dans la capitale camerounaise pour un séjour d’un mois et demi.

Avant leur départ, les étudiants se sont mobilisés pour Educ’Actions en préparant le contenu de leurs activités mais également en récoltant des fonds. Une fois sur place, ils ont eu la chance de vivre une véritable immersion professionnelle, culturelle et solidaire. En tant que bénévoles, ils ont donné des cours de soutien scolaire, organisé des activités culturelles et sportives, rencontré les professeurs et visité les familles. En parallèle ils ont également réalisé un stage au sein de deux PME locales : Tchop et Yamo, start up novatrice dans la restauration rapide à l’africaine, et Mutations, journal d’opposition.

L’expérience a rencontré un grand succès puisque d’autres entreprises camerounaises ont fait part de leur souhait d’accueillir des stagiaires. Educ’Actions pour l’Afrique, au- delà de bénéficier des levées de fonds réalisés et de bénévoles estivaux, a formalisé un partenariat avec Tchop et Yamo. Par ailleurs, plusieurs bénévoles camerounais ont rejoint Educ’Actions notamment suite aux interventions des étudiants dans les media locaux.

La création de liens à l’échelon local entre Tchop et Yamo et Educ’Actions pour l’Afrique a véritablement donné naissance au concept qui anime Stagiaires Sans Frontières.

Suite à cette première expérience, l’association Stagiaires Sans Frontières est créée en Février 2014 avec pour ambition initiale de développer le concept de stage à temps partagé entre entreprises et associations.

L’association a tout d’abord développé son concept de stages partagés entre entreprises et associations à l’étranger, 99 étudiants auprès de 15 entreprises et 15 associations partenaires dans 10 pays du monde (Cameroun, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Kenya, Philippines et Pérou). A présent notre souhait principal est de prioriser le développement du concept en France.

Stagiaires Sans Frontières

 

Startup ou association ? C’est possible d’être les deux à la fois ?

Stagiaires Sans Frontières est une association loi 1901 avec une approche start-up.
On se concentre sur le besoin des parties prenantes pour trouver la solution la plus simple et la plus efficace avec l’ambition affichée de passer à l’échelle.
Nous pourrions être une entreprise car notre service est pour partie marchand (recrutement, marque-employeur…).
Cependant nous préférons conserver notre statut associatif car il correspond à une identité, celle d’un projet collectif et initialement étudiant. Il correspond également à l’esprit du projet et à des interlocuteurs: partenaires associatifs, écoles et pouvoirs publics.
Lorsque nous aurons trouvé un business model nous créerons éventuellement une entreprise sociale pour gérer la partie marchande de nos activités. Ce n’est pas encore d’actualité notamment au vu de notre taille.
Nous représentons une nouvelle façon d’entreprendre avec un modèle économique fondé sur l’atteinte de deux objectifs : l’impact social et la rentabilité économique (condition sine qua non du développement).
Nous ne sommes pas seuls sur cette voie. Pour n’en citer que quelques uns : Siel Bleu ou A.N.D.E.S.

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Et tu n’es pas tout seul, il me semble, dans cette aventure. 😉 Qui est Holy ?

Holy Sicard Razaka est une amie de SciencesPo, dîplomé du master RH qui est co-fondatrice du projet depuis que je m’y consacre à temps plein, c’est à dire depuis septembre 2014.

 

Il y a une vision, une conviction forte derrière Stagiaires Sans Frontières. Tu peux nous expliquer ?

Chez Stagiaires Sans Frontières nous sommes convaincus que pour répondre de façon innovante aux grands enjeux sociaux et environnementaux, il est nécessaire de trouver des solutions collectives incluant les différentes parties prenantes de la société (entreprises, administrations publiques, associations, entreprises sociales…).
Nous sommes également convaincus que pour faire émerger cette société collaborative et faire travailler les organisations nous avons besoin des individus. Avec leur envie d’entreprendre, les individus sont les seuls à même de créer ce liant et ces passerelles entre les organisations.
En réalité, nous faisons des stagiaires des pionniers d’un nouveau mode de travail, partagé, professionnel et engagé. Nous nous appuyons sur leur demande d’engagement et leur regard neuf pour faire bouger les lignes.
Ils sont une avant-garde.

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Et concrètement alors, comment ça marche ?

Concrètement Stagiaires Sans Frontières ce sont des stages partagés entre entreprises (4 jours/semaine) et associations (1 jour/semaine) qui appartiennent au même eco-système.
Le format testé aujourd’hui en France est celui de stages de 6 mois. Ainsi les stagiaires consacrent 26 jours environ à une mission à fort impact social dans leur domaine de compétences.

Les stagiaires sont au coeur d’un double projet qui leur est personnel et s’inscrit dans la lignée de leur formation académique : confrontés à deux univers distincts, ils réalisent une double mission au cours de laquelle ils développent des compétences complémentaires.
Les missions menées auprès des associations sont définies en amont avec notre équipe. Elles sont liées aux domaines de compétences du stagiaire (RH, Marketing, Communication, Stratégie, Droit, etc) et correspondent à un besoin clairement identifié par l’association.

Plus qu’une double expérience, le but de ces stages est de tisser des liens durables entre les deux entités par l’intermédiaire du stagiaire.
Le stagiaire se retrouve ainsi dans une position unique d’intrapreneur au sein de l’entreprise qu’il rejoint. Il mobilise ses collègues sur sa mission et plus largement sur les activités menées par l’association.

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Je cherche un stage, comment ça se passe ? Il y a des offres pour tous types de spécialité ? Toute l’année ?

Nous avons un site internet sur lequel nous publions nos offres : http://stagiairessansfrontieres.com/. Nous publions des offres en fonction de nos partenaires entreprises. Pour l’instant, principalement des stages dans les métiers du marketing, de la communication et des RH. Nous publions des offres au fil de l’eau donc oui toute l’année. Les étudiants peuvent nous laisser leur CV et leur mail. Je les y invite même.

 

Et quel est le rôle de Stagiaires Sans Frontières ? Quel accompagnement est proposé aux stagiaires ?

Stagiaires Sans Frontières intervient à plusieurs moments :
1. Nous identifions des associations
2. Nous cadrons des missions adaptées au temps partagé pour les associations bénéficiaires
3. Nous sourçons des candidats et réalisons une partie des entretiens RH
4. Nous accompagnons les jeunes dans la double activité par de la formation et du suivi notamment avec des experts en pro bono et leadership

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Pas trop dur de convaincre les entreprises de prendre des stagiaires à temps partiel pour qu’ils s’investissent à côté dans une activité associative ? En termes d’organisation ce ne doit pas être évident.

Ce n’est pas évident mais nous avons des arguments.
Nous arrivons à attirer des jeunes à fort potentiel (et ce indépendamment de l’école) que certaines entreprises peuvent avoir du mal à attirer.
Nous permettons aux entreprises d’attirer des profils curieux, autonomes, pro-actifs qui partagent et vivent concrètement des valeurs d’engagement et d’esprit entrepreneurial qui animent de nombreuses structures.
Travailler avec nous c’est croire en une expérimentation innovante en matière de développement des potentiels avec une double activité qui renforce l’autonomie, la prise d’initiative, l’adaptabilité ainsi que l’empathie.
C’est également un moyen très concret et efficace de mettre en place un projet RSE ciblée auquel contribue des collaborateurs mobilisés par le stagiaire.

Ce qui est difficile c’est d’identifier les bons interlocuteurs, puis de les convaincre. Ce qui est complexe notamment pour un projet comme le nôtre qui relève de la RH, de la RSE et de l’innovation.

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Quelles sont les entreprises qui ont été les premières à vous suivre ?

En France, nos partenaires sont Accenture, Danone et SCOR.
Les deux premières sont connues pour leur engagement citoyen, via le pro bono pour Accenture et le double projet économique et social de Danone.
SCOR, leader européen de la réassurance, initie une démarche nouvelle en la matière ce qui rend l’aventure d’autant plus passionnante en termes de futures collaborations avec nos associations partenaires.
 

Et côté associations ?

Nous avons une grande diversité d’associations actives dans des domaines variés : santé (Siel Bleu, La Croix Rouge), égalité des chances (Passeport Avenir), emploi (Emmaus Défi, Activ’Actions), alimentation (ANDES, Resto PTCE), inclusion numérique (Emmaus Défi), mobilisation citoyenne (Make Sense).
Elles peuvent être de petites comme de grandes structures. Elles sont toutes actives en Ile-de-France, notre territoire d’expérimentation.

SSF

 

Y a-t-il déjà des « promotions » de stagiaires qui ont achevé leur stage « sans frontières » ?

Oui, à l’étranger.
Puisque la première expérience a eu lieu au Cameroun en 2013 et en 2014, 48 jeunes effectuaient des stages partagés dans 7 pays du monde.
Mais c’était des stages de plus courte durée, partagés sur du mi-temps.
Notre premier stage, prototype, entre Saint Gobain Isover et Emmaüs Défi, est en cours de finalisation.

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Si oui, quels sont les retours des stagiaires, des entreprises et des associations ?

Je parlerai du premier stage entre Saint Gobain et Emmaüs Défi.
Les équipes de l’entreprise et l’association sont ravis du profil de Juliette et de ses réalisations.
Ils souhaitent renouveler l’expérience.
L’essentiel pour nous est la dynamique créée par Juliette entre ses deux structures, qui n’étaient pas en connexion avant notre intervention.
Juliette a organisé une semaine de collecte au profit d’Emmaüs Défi dans l’ensemble des locaux de Saint Gobain à la Défense. Collecte qui a connu un grand succès. Une visite des locaux d’Emmaüs Défi par les salariés de Saint Gobain le souhaitant sera également organisée. Par ailleurs, un projet d’audit pro bono des locaux d’Emmaus Défi est à l’étude.

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Quels sont les objectifs et next steps que vous vous êtes fixés ?

Nos objectifs à court terme sont multiples :
– Faire la preuve du concept avec notre première grande promotion
– Faire connaitre le concept avec la promotion pilote
– Développer de partenariats avec d’autres entreprises

A terme, notre objectif est de faire de notre format de stage partagé une norme afin qu’insertion professionnelle en entreprise rime avec engagement à impact positif. Un objectif ambitieux!

 

Un message à faire passer à nos lecteurs ?

J’invite les DRH intéressés à échanger avec nous en nous écrivant à felix@stagiairessansfrontieres.com. Je serais ravi qu’ils nous rejoignent pour placer l’innovation sociale et l’engagement au coeur de l’insertion professionnelle.

J’invite tous les curieux à nous écrire également et les optimistes à nous faire connaitre.
 

Merci Felix !

 
 
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